31/01/2007

Le poète de la solitude

Mario de Sá Carneiro
Poésies complètes
Traduit par Dominique Touati et Michel Chandeigne
Minos - La Différence

solitude


COMMENT JE NE POSSEDE RIEN

Je regarde autour de moi. Ils possèdent tous -
Une amitié, un sourire, un baiser.
Je suis le seul dont les désirs se diluent,
Et même dans l'étreinte, je ne possède rien.

De loin en loin m'éffleure la théorie
Des spasmes aux teintes rouille éructés;
Ce sont extases à me faire trembler,
Mais avant même de les sentir, se fige mon âme!

Je veux sentir. Je ne sais pas... Je me perds tout entier...
Je ne peux être moi ni me lier à autrui:
Je manque d'égoisme pour monter au ciel,
Je manque d'onction pour sombrer dans la vase.

Je ne suis l'ami de personne. Pour cela,
Il me faudrait d'abord posséder
Quelqu'un à estimer - homme ou femme,
Mais jamais je ne parviens à posséder!...

L'âmechâtrée, inapte à me fixer,
Soir après soir en ma douleur je sombre...
Serais-je un émigré d'un autre monde
Inapte à se sentir dans sa propre douleur?...

Comme je la désire, celle qui passe dans la rue,
Agile, agreste, et faite pour l'amour!...
Ah me mêler de sa nudité,
La boire en spasmes de couleur et d'harmonie!...

Je désire dans l'erreur... Si un jour elle était toute à moi,
Sans voile aucun, dans les débordements
De sa chair stylisée sous mon corps haletant,
Pas même ainsi - ô fièvre du désir - elle ne serait à moi...

Dans l'agonie seulement je pourrai vibrer
Sur son corps aux extases dorées,
Si j'étais ces seins-là, révulsés,
Si j'étais ce sexe agglutinant...

Tout entier contre mon amour je me rue,
Même dans la victoire, je me vois en déroute:
Car, de sentir et d'être, il ne me restera
Que cette possession de rien où je me démène.

Paris, mai 1913.

17:01 Écrit par joE dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

24/01/2007

Vive le printemps!

Bientôt Carnaval sous les tropiques du nord. Les rosiers bourgeonnent.
Allez, un peu de froid nous donne l'occasion de manger une bonne choucroute.
Profitez encore, parce que bientôt la choucroute sera un plat oublié. Parce que mère Nature est impatiente de chauffer la planète. Vous avez quelque chose contre le rechauffement de la planète?
Depuis que j'ai quitté ma lontaine Afrique, l'Europe ne fait que se rechauffer...
mais ça prend du temps... Vivement le climat tropical, le carnaval au chaud, les femmes souriantes, les mecs insouciants, la musique cadencé et les bananes, les vraies celles qui murissent sur les bananiers...

Bananes1

 

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11/01/2007

PANEM ET CIRCENSES

Je vous offre un poème d'Irene STECYK
extrait des "Monstres Sympathiques"
edition Les Paragraphes Littéraires de Paris

PANEM ET CIRCENSES

J'ai cueilli sur ta bouche un mot poivré de menthe.
J'ai mordu ton épaule où le désir coulait.
J'ai contemplé le jeu de tes pupilles démentes
Et puis pour t'avoir vu, j'ai dit que je t'aimais.

J'ai écrasé un lys, j'ai avalé la nuit.
Son goût bleu et sucré m'est resté dans la gorge,
Comme en mon cerveau las m'est resté ton ennui,
Lente et morne victoire où nos amours s'égorgent.

Je n'avais pas de coeur, à quoi bon en chercher?
Du fruit de ta sueur en jaillissaient des mille
Et ces coeurs incomplets en ma chair sont greffés
Pour qu'en me blessant mieux l'absurde m'assimile.

Illustration de la force animale qui anime l'écrivain. Ce poème oublié est la preuve de la force qui préside la création. Il faut remonter aux sources, aux orgines pour comprendre l'acte créateur. La Vie, telle qu'elle aparaît n'est que le reflet de l'âme. Nous sommes tous des émigrés de l'âme, de l'intérieur qui nous mène main dans la main, depuis la naissance jusqu'à la renaissance. Naviguer les eaux du passé, entendre les voix du passé, non pas pour s'y attarder mais pour relancer la vie, notre vie, notre piste, celle que nos ancêtres ont tracé pour nous induire des vies. Vivre. Vivre autrement. Décollés de la réalité
qui nous submerge.

Je suis un pisteur. Celui qui hume les odeurs de vos pas, timides, révoltés, acharnés, insouciants, macabres, criminels, fraternels, obliques, mais vos pas humains sur les terres des dieux. Rien, ni personne, ne me fera changer la joie de vous découvrir Hommes entiers sur le tracé de la Vie. Seul la Vie reste. Malgré la Mort. Malgé les morts
.

21:11 Écrit par joE dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

03/01/2007

Le livre de l'intranquilité

"Nous sommes faits de mort.
Cette chose que nous considérons comme étant la vie, c'est le sommeil de la vie réelle, la mort de ce que nous sommes, véritablement les morts naissent, ils ne meurent pas.
Alors que nous croyons vivre, nous sommes morts; nous commençons à vivre lorsque nous sommes moribonds."

Fernando PESSOA
(Le livre de l'Intranquilité - Christian Bourgeois)

20:54 Écrit par joE dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

02/01/2007

Persie

"LA LIBERTE QUI EST EN NOUS EST PLUS FORTE QUE LES PRISONS A L'INTERIEUR DESQUELLES NOUS SOMMES"

Faraj BAYRAKDAR (Iran)

et ce beau poème de Sharid de BALKH

L'assoiffé qui ne rencontre nulle source
est assurément fort aise de trouver une flaque d'eau.
Patience et écus sauront t'assouplir
comme selle et mors la cavale indomptée.

Richesse et savoir sont rose et narcisse
qui ne sauraient fleurir ensemble.
L'homme de savoir n'a pas la richesse
et l'homme riche est pauvre en savoir.

Si le chagrin comme le feu produisait de la fumée

l'univers en serai à jamais obscurci.
Mille perdreaux n'auront jamais l'âme d'un faucon
mille esclaves n'auront jamais l'âme d'un seigneur.

22:40 Écrit par joE dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Appel à Témoins

Si vous connaissez ce joli couple, faites-le savoir... la dame m'a demandé cette photo mais j'ai paumé son email... Alors, faites un effort!
COUPLE

Concert 01/10 Octobre 2006 à Bruxelles.

22:34 Écrit par joE dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/12/2006

... à voile et à vapeur...

- maman, z'ai oublié le thermomètre...
- Tant pis gamin, on s'en passera.
- mais maman, si j'ai la fièvre comment le savoir?
- On vera, on vera, tu n'auras pas de fièvre!

Nicolas se vautra dans la banquette arrière de la voiture plongé
entre les souvenirs du thermométre et l'assurance de maman.

Chloé les a rejoint quelques kilomètres après, avec son sac à dos
et sa peluche qu'elle ne lachait jamais. Bavarde la gamine.

- Tiens, Nicolas n'a pas de fièvre?
- Non Chloé, Nicolas n'aura pas de fièvre!
- Et il a son thermomètre?
- Je n'ai pas de thermomètre  et je n'ai pas de fièvre non plus!
- Ta peluche comment s'appelle-t-elle?
- Lillo. Elle s'apelle Lillo.
- Lillo s'est pas un nom... c'est une ville!
- Elle s'appelle Lillo, voilà!
- Et ton papa va venir à la mer?
- Non! Mon papa il n'aime pas la mère...
- On parle de la plage Chloé...
- Non, mon papa n'aime pas la plage...
- Tout le monde aime la plage!
- Mais non, Nicholas, le papa de Chloé n'aime pas la plage!
- C'est pas vrai, il n'aime pas Chloé!!!
- Voyons, Nicholas, c'est son papa...
- Et il n'aime pas ta maman non plus...
- Chloé!!!
- C'est vrai, il dit que tu es une emmerdeuse!
- Papa aussi...
- Nicholas!!!
- C'est vrai maman, hier il a dit que tu étais une emmerdeuse!
- Et mon papa aussi...
- Bon, si c'est comme ça, on rentre!
- On ira chercher mon thermomètre?

Entre un thermomètre et l'amour de sa mère, Cholé s'ennuie.
Il n'y a pas de morale. Le thermomètre et l'emmerdeuse, l'être et le néant.
Lisez Leibniz.

"Leibniz définit la force comme « ce qu’il y a dans l’état présent, qui porte avec soi un changement pour l’avenir. » Cette théorie est un rejet de l’atomisme ; en effet, si l’atome est une réalité absolument rigide, il ne peut perdre de force dans les chocs. Il faut donc que ce que l’on nomme atome soit en réalité composé et élastique. L’idée d’atome absolu est contradictoire :

« Les atomes ne sont que l’effet de la faiblesse de notre imagination, qui aime à se reposer et à se hâter à venir dans les sous divisions ou analyses. »
Ainsi la force est-elle la réalité : la force est substance, toute substance est force. La force est dans un état, et se modifie suivant des lois du changement. Cette succession d’états changeants possède un ordre régulier, i.e. chaque état a une raison (cf. principe de raison suffisante) : chaque état s’explique par celui qui précède, il y trouve sa raison. À cette notion de loi se rattache également l’idée d’individualité : l’individualité est pour Leibniz une série de changements, série qui se présente comme une formule :

« La loi du changement fait l’individualité de chaque substance particulière. »

23:55 Écrit par joE dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |