08/06/2006

... les hommes

"Ah les hommes qui ne sont qu'hommes

Ceux qui ont regardé le ciel et qui n'y ont pas vu la nuit!"

DU'HOU QUYNH (in Voix)

 

 

Je suis Alcida, la mère d'Elisa, cette traînée qui vous écrit des lettres d'amour comme des mets gourmands qui vous font saliver d'en vies. Je suis Alcida Mangwenka, la fille de Julius le chef peul traditionnel du village Goundo-Sourou au Burkina Faso et la femme de Tahar Mangwenka, prospère commerçant du village, porteur du masque sacré et à ce titre assassiné par les peuples Mossi, venus chercher le masque qu'il portait les jours de fête.

J'ai élevé mes enfants comme le crocodile protège ses œufs pour les cuver et faire éclore. Jamais ils ont manqué de manioc et poisson séché. Jamais ils ont traîné nus dans les rues poussiéreuses du village. Jamais ils ont mendié un pain ni manqué à l'école. J'étais là pour veiller au grain. Le bon grain doit rester au grenier pour que le foin puisse exister. Mes trois filles ont toutes été traitées de la même sorte. Même si Elisa était le fruit de FTX-478 ce messager de satan, elle a reçu pareil que la petite Magda et la grande Justine. Mais, que voulez-vous, dans tous les greniers il y a des cafards qui pourrissent les plus beaux grains. Et, ce mondélêt de malheur est venu tournoyer autour de ma plus belle fille, celle qui devait porter le nom de son père à l'autel de la réussite, je nomme ici Elisa, cette traînée qui à 16 ans a tout quitté pour aller en Europe courir le cul d'un chien enragé. L'Europe c'est quoi? Je ne connais pas ces pays de blancs qui traînent dans le monde sans rien faire de leurs mains. Ce que je connais c'est la triste vie de mon Elisa en ce bas monde. Elle n'a plus sa mère tout près d'elle pour soigner ses pleurs ni la soupe de mukeka pour calmer son ventre douloureux. Elle doit se repentir chaque nuit d'avoir quitté son village, sa terre, son peuple pour se vendre aux marchands de soda. Elle a quitté le voile de sa pudeur et s'affiche la tête nue aux voleurs de vent et aux marchands d'ivoire. Elle a oublié l'odeur de l'huile de palme et la douceur du lait de coco… Je maudis Elisa et je prie le Prophète pour que justice soit faite et qu'elle crève comme le serpent qui reçoit la Pierre sur sa tête!

 

Le téléphone sonne au fond de la pièce et j'entends Julie qui répond "bonjour Rénate… lundi? Non ça ne vas pas.." et la conversations se poursuit. J'entends passer une grosse moto sur la chaussée d'Ixelles. Le soleil brille pour la première fois à Bruxelles. La Ville était tapie dans l'ombre depuis la nuit des temps, encastrée dans la grisaille obsolète des jours divers, coincée entre deux étoiles refroidies par le temps, prisonnière des oublis passagers et baignée dans l'ambre bruit des sanguinaires pensées.

J questionne le temps qui race les champs les plus beaux. Sont les chants de mon coin, tancés par confrérie des saints.

10:17 Écrit par joE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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